Moutier : un transfert plus serein à l'Église qu'en politique
Le transfert de la ville de Moutier du canton de Berne à celui du Jura a suscité de vifs débats politiques durant des décennies. Au sein de la paroisse réformée, cette transition intercantonale se déroule de manière plus paisible.
Nous avons essayé de prendre soin des personnes autant que des structures
Depuis le 1er janvier 2026, la paroisse de Moutier fait officiellement partie de l'Église réformée évangélique du canton du Jura. Une évolution qui aurait pu fragiliser les équilibres. Mais elle a au contraire ouvert de nouvelles perspectives. « Nous avons eu la chance de pouvoir commencer une collaboration avec les paroisses jurassiennes tout en restant membres du Par8, le syndicat des paroisses bernoises. Nous créons des ponts plutôt que de choisir un camp », résume Quentin Jeanneret, pasteur référent pour la paroisse de Moutier.
Sur le terrain, des projets communs ont déjà vu le jour, comme une marche réunissant les paroisses de Moutier, Delémont et Grandval jusqu'au sommet du Raimeux, ou un groupe d'accompagnement pour personnes endeuillées, organisé avec la paroisse de Courrendlin.
Certains paroissiens ont été touchés par le changement cantonal, pour des raisons civiles, politiques ou affectives. « Cela a été pour moi une déchirure », témoigne Marcelle Forster, paroissienne et ancienne membre du parti socialiste du Jura bernois, qui s’est beaucoup engagée politiquement et était très attachée à cette communauté de Moutier-Grandval.
Mais le changement qui s’est construit progressivement au sein de la paroisse est pour elle un modèle. « J’aurais souhaité que l’on fasse la même chose au niveau de la bourgeoisie ».
Pendant deux ans, les autorités paroissiales ont élaboré les nouveaux règlements en toute transparence, laissant à chacun la possibilité d'exprimer ses inquiétudes. « Nous avons essayé de prendre soin des personnes autant que des structures », souligne le pasteur.
Adaptations administratives
« Le changement implique quelques adaptations administratives, mais il se passe bien », confirme Nadine Linder, secrétaire de la paroisse qui regroupe cinq communes, dont plusieurs restées bernoises. Les responsables doivent désormais composer avec les législations des deux Églises cantonales. Exemple : le registre électoral : les citoyens jurassiens peuvent voter dès 16 ans, tandis que l'âge reste fixé à 18 ans dans les communes bernoises.
Les convocations aux assemblées doivent aussi être publiées dans deux organes officiels distincts. » Nous avons dû élire des délégués à l’Assemblée de l’Église du Jura et un membre au Conseil de l’Église du Jura. Ils se sont très bien intégrés dans ces nouveaux mandats », rapporte Nadine Linder.
La paroisse a adopté une nouvelle identité visuelle. Inspiré de la rosace de la Collégiale de Moutier, son nouveau logo symbolise l'intégration dans l'Église jurassienne et le maintien des liens historiques avec les autres paroisses.
Quentin Jeanneret, pasteur référent pour la paroisse de Moutier
Des sensibilités différentes
À Moutier, le changement de canton reste un sujet sensible dans la sphère politique. Dans la vie paroissiale, il semble surtout être devenu l'occasion de démontrer qu'au-delà des frontières administratives, la confiance et le dialogue permettent de construire des ponts. « Notre rôle n'est pas de prendre position dans le débat politique, mais d'être présents auprès des personnes, de favoriser la réconciliation et l'écoute. », ajoute encore Quentin Jeanneret.
Le pasteur évoque les relations chaleureuses avec l'Église jurassienne. Les ministres de Moutier ont été très bien accueillis au colloque pastoral jurassien, qui s’est symboliquement réuni pour la première fois à Moutier.
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