Dix ans d’engagement pour le vivre-ensemble
Lutter contre l’endoctrinement des jeunes musulmans. C’est la mission que s’est donnée il y a dix ans Naïma Serroukh à Bienne. Cette juriste marocaine a fondé l’association Tasamouh qui œuvre pour le dialogue interreligieux et interculturel.
En arabe, Tasamouh signifie tolérance, réconciliation et pardon. »
Dix ans après sa création, l’association biennoise fondée par Naïma Serroukh continue de porter ces valeurs. Juriste d’origine marocaine installée à Bienne, cette mère de quatre enfants lance spontanément ce projet pionnier en 2016, en réaction aux attentats de Charlie Hebdo et au départ de jeunes radicalisés vers la Syrie. Son objectif : prévenir les discours de haine, lutter contre la radicalisation et favoriser le dialogue entre les cultures et les religions ainsi que l’intégration des personnes de confession musulmane vivant à Bienne.
Dès le départ, Tasamouh se distingue par une approche novatrice en Suisse : un travail social ancré dans des valeurs islamiques, mais mené dans un cadre indépendant et confessionnellement neutre. « Il s’agissait de développer une compréhension mutuelle des codes culturels et une véritable volonté de dialogue », rappelle la conseillère municipale biennoise Anna Tanner, parmi les premières médiatrices formées par l’association.
Engagement sur le terrain
Au fil des années, Tasamouh a déployé ses activités dans les quartiers, les écoles et les centres de jeunesse. Ateliers pédagogiques sur les religions, la communication ou le vivre-ensemble, service de consultation gratuit, activités culturelles : autant d’initiatives visant à créer du lien et à offrir des repères qui ont offert à de nombreux jeunes de nouvelles perspectives en matière d’intégration et d’ouverture à la diversité. L’association travaille en étroite collaboration avec les acteurs locaux, y compris les centres islamiques et la police, afin de maintenir un contact direct avec les jeunes et prévenir les ruptures.
L’engagement de Tasamouh ne s’arrête pas là. L’association accompagne aussi des jeunes en difficulté dans leur insertion professionnelle et lutte contre les préjugés. Elle soutient des femmes confrontées à des violences conjugales ou à des à priori culturels, les aidant à accéder à des formations et à l’emploi. Plus récemment, elle s’adresse aussi aux personnes âgées de la communauté musulmane et issues de la migration, en leur proposant des informations dans leur langue maternelle, notamment en matière de santé ou de fin de vie, sous la forme d’ateliers de bricolages et de groupes de discussion.
Développer une compréhension mutuelle et une véritable volonté de dialogue.
Reconnaissance
Cette action de terrain a valu à Tasamouh une reconnaissance croissante. Lors de la célébration de ses dix ans en mars dernier à Bienne, politiques, représentants religieux chrétiens et musulmans, ainsi que membres de la société civile ont unanimement salué son travail. Parmi les moments marquants de ces dix ans d’engagement, Naïma Serroukh évoque un iftar (rupture du jeûne du Ramadan) organisé dans la rue, qui a réuni près de 1’000 personnes, autour d’un repas.
L’initiative a révélé la capacité de l’association à rassembler largement. Elle collabore d’ailleurs également avec la communauté juive de Bienne, partageant chaque année plusieurs activités avec elle. Son approche a aussi suscité l’intérêt du monde académique suisse et fait l’objet d’un documentaire. Intitulé « Naïma », le film suit la création et l’impact de ce projet pilote auprès des jeunes et des familles des communautés musulmanes de Bienne.
Financée par des dons
Aujourd’hui, Tasamouh fonctionne avec une coprésidence chrétienne et musulmane et une petite équipe de direction composée de six personnes. Elle est soutenue par un vaste réseau de bénévoles et peut mobiliser jusqu’à 50 personnes selon les projets. Financée par des dons, des fondations, des Églises chrétiennes et de la Ville de Bienne, l’association poursuit son développement tout en restant attentive à un défi majeur : assurer la relève.
Si les jeunes sont bien présents et participent aux activités, leur engagement à long terme reste difficile à pérenniser au sein de l’association. Malgré ces enjeux et ces difficultés, Naïma Serroukh garde le cap. Dix ans après ses débuts, Tasamouh continue d’incarner le vivre-ensemble construit, patiemment, dans le dialogue, la présence et la confiance.
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