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Aumônerie : un service spirituel souvent méconnu

L’aumônerie se déploie sous des formes diverses – en prison, à l’hôpital, en EMS ou auprès de personnes en situation de handicap. Mais un fil conducteur reste présent : l’écoute, l’attention portée à l’autre et l’accueil de chacune et chacun dans sa singularité. 

Par Nathalie Ogi

Je prends conscience de la diversité et de l'unicité des personnes

Trois aumôniers actifs dans le Jura

Matthieu Mérillat, jeune pasteur, accompagne des détenus à la prison de Porrentruy. Sandra Singh soutient des malades à l’hôpital de Delémont. Quant à Daniel Chèvre, membre du Service d’aumônerie œcuménique du Jura et du Jura bernois, il rencontre des personnes en situation de handicap. Chacun raconte ce qu’il cherche à offrir à ceux et celles qu’il accompagne – et ce qu’il reçoit en retour.

L'Église a perdu de son importance dans la société, notamment en raison de nombreuses autres offres. Cela s'applique-t-il également à l’aumônerie ?

Daniel Chèvre : Beaucoup de gens associent le mot « Église » au bâtiment et au culte ou à la messe du dimanche. Pourtant, l’Église rend également de nombreux services durant la semaine, notamment à travers l’aumônerie. Ce travail se fait souvent dans la discrétion, si bien que le public en a rarement conscience. 

 

Matthieu Mérillat : Un exemple en est celui des établissements pénitentiaires. Les détenus sont souvent surpris de voir que les Églises leur témoignent du respect dans une situation de vie marquée par l’isolement. 

 

Sandra Singh : Les personnes hospitalisées vivent elles aussi des situations difficiles, mais elles se trouvent dans un établissement public où l’on peut généralement leur rendre visite librement. Lors de nos visites, nous nous présentons plutôt comme des accompagnants spirituels que comme des aumôniers. Néanmoins, à travers nous, l’Église est présente auprès de ces personnes. 

Quelle est la spécificité de cette offre d’aumônerie ?

Matthieu Mérillat :  En prison, nous jouons un rôle neutre. Nous n’appartenons ni au système judiciaire ni à une autre instance de l’État. Nous ne portons pas de jugement sur la vie des détenus et acceptons leur vision du monde ou leur religion. 

 

Daniel Chèvre : Les personnes en situation de handicap – adultes comme enfants – vivent avec nous des moments de spiritualité. Elles attendent souvent ces instants avec impatience et s’en réjouissent. Pour elles, c’est comme une pause pour reprendre souffle. Ce que nous apportons n’est pas un médicament, mais du sens. Nous les accompagnons aussi souvent dans des situations de deuil, par exemple lorsqu’un parent ou un résident décède. 

 

Sandra Singh : À l’hôpital, c’est similaire. Nous ne posons pas de diagnostics et n’administrons pas de médicaments, mais nous écoutons avant tout. Nous ne rangeons pas les personnes dans des cases. Nous travaillons avec ce qui fait sens pour chacune : son identité, ses relations aux autres et à elle-même. 

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Quelle place a la prière auprès d’une personne gravement malade ?

Sandra Singh : Dans le canton majoritairement catholique du Jura, les personnes âgées ou en fin de vie demandent souvent l’onction des malades. 

 

Matthieu Mérillat : En prison, je prie lorsque j’en sens le besoin. Parfois, je propose aussi une méditation ou un passage de la Bible.  

 

Daniel Chèvre : Nous célébrons des cultes courts et adaptés. La prière et la bénédiction sont attendues. À Pâques, nous avons même pratiqué le lavement des pieds. L’accompagnement spirituel signifie être entièrement au service des personnes. 

 

Il serait important de rendre notre travail, sa finalité et nos compétences plus visibles

Quels défis voyez-vous pour l’aumônerie à l’avenir ?

Matthieu Mérillat : Un grand défi réside dans la reconnaissance par l’État et la société. Il serait important de rendre notre travail, sa finalité et nos compétences plus visibles.  

 

Daniel Chèvre : L’inclusion reste un sujet. Nos célébrations sont ouvertes à tous, mais il demeure une certaine appréhension. 

 

Sandra Singh : À l’avenir, il sera nécessaire de développer des offres interreligieuses ou spirituelles au-delà des cultes traditionnels. Peut-être aussi avec davantage de conseillers laïcs. 

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Dans le Jura, les aumôniers portent la blouse blanche

A l’Hôpital du Jura, où travaille Sandra Singh, les accompagnants spirituels sont devenus des soignants parmi d’autres. Une évolution qui veut répondre aux réalités sociales actuelles et aux besoins existentiels des patients comme des soignants. Une plateforme d’échange a été mise en place avec les équipes soignantes et les membres du service Ecoute et Soin spirituel (ESpi) qui ont adopté la tenue de l’hôpital afin de favoriser leur intégration au sein du personnel de santé, explique le diacre Jean-Charles Mouttet, responsable de cette nouvelle structure. Aujourd’hui, ils rendent directement compte de leur activité à la direction des soins, dans une logique d’objectifs de qualité définis par l’institution.

L’un des piliers de cette nouvelle approche repose sur la formation des soignants. Au cours d’une journée, ceux-ci apprennent à distinguer spiritualité et religiosité et à reconnaître les questionnements existentiels liés à la maladie. Près de 140 d’entre eux y ont déjà pris part. Les retours sont très positifs : la collaboration entre le service ESpi et la formation interne de l’Hôpital du Jura contribue à redonner du sens au métier de soignant, à libérer la parole et à renforcer l’alliance thérapeutique avec les patients. Un changement de culture s’opère, où spiritualité et religiosité ne sont plus des sujets tabous au sein des équipes. « À l’heure où la pratique religieuse se dilue dans la société, il faut considérer l’hôpital comme une paroisse en soi, toujours pleine et où la demande demeure constante. » 

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