ENSEMBLE Nr. / N° 64 - März / Mars 2022

5 ENSEMBLE 2022 /64 —– Doss i er Les animaux de ferme recevaient autrefois la bénédiction à l’intérieur de l’église. Hoftiere erhielten in der Vergangenheit den Segen der Kirche. l’écologie et des animaux. Par la suite, des théologiens et pasteurs comme le prêtre anglican Andrew Linzey qui prône une théologie animale très poussée, tendent à revaloriser encore davantage la nature de l’animal et à l’intégrer dans l’histoire religieuse. Au 16e et au 17e siècle, les protestants ont pourtant vivement rejeté les animaux, écartant la vie des saints où les bêtes aident notamment à convertir les hommes. Ils voient les animaux comme des créatures inférieures. Et le catholicisme de la Contre-Réforme va suivre cette tendance dès le milieu du 17e siècle et évacuer les statues des animaux des églises, rapporte encore l’historien français. Il faut savoir que jusque-là, les chiens pouvaient entrer dans les édifices religieux, note Eric Baratay. Et cela ne choquait personne de voir des cochons manger des os dans les cimetières. Les animaux de ferme recevaient aussi les bénédictions dans l’église, allant jusqu’à tourner autour de la statue du saint censé les protéger. Le but était alors de préserver les animaux des maladies, comme l’on pratiquait des bénédictions pour les maisons, les cultures, la mer ou pour se défendre des épidémies. Cérémonies œcuméniques En 2015, le pape François va plus loin que Jean Paul II en reprenant à son compte le travail des théologiens réformés. Dans son encyclique Laudato si’, il demande une séparation entre les philosophies grecques platoniciennes et le christianisme. Il appelle ainsi à un véritable christianisme biblique avec une vision beaucoup plus favorable envers les animaux et les créatures de Dieu. Il invite aussi les fidèles à suivre l’exemple de Saint-François. «On voit bien que la réflexion sur l’écologie, la théologie de l’écologie, de la nature, des animaux est un très bon moyen de faire de l’œcuménisme. On évite ainsi les sujets qui fâchent et on peut se rapprocher dans une vision commune de la Création», souligne l’historien des animaux. Développées en Allemagne dans les années 80, les cérémonies œcuméniques ou les messes avec animaux se sont peu à peu répandues en Suisse. Il y a six ans, près de 150 personnes assistaient au premier culte avec animaux organisé par la pasteure du Par8 Françoise Surdez dans le Jura bernois. Depuis, la loge de La Chaux aux Reussilles accueille chaque année des humains et leurs compagnons pour une cérémonie œcuménique aux alentours de la fête de François d’Assise. «Nous avons réalisé, avec certains collègues, que ce type de célébration correspondait à un besoin profond de la société. Le besoin du lien, bien au-delà d’une conception utilitariste des animaux», déclarait la pasteure à l’issue de ce culte en octobre dernier. Pour la pasteure, il s’agit surtout de bénir tous les êtres vivants, de rappeler la bienveillance inconditionnelle de Dieu pour toute la Création et enfin de montrer que l’être humain n’est pas supérieur à l’animal qui a été créé avant lui. Des célébrations qui se pratiquent aussi bien dans les régions rurales que dans les villes. Ainsi l’abbé Olivier Jelen propose une bénédiction des animaux au refuge de Sainte-Catherine, siège © KEYSTONE / DPA / Federico Gambarini

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